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17 NOVEMBRE 1943 : ARRESTATION DE CELESTINO ALFONSO (extrait de Après Nous)

17 NOVEMBRE 1943 : ARRESTATION DE CELESTINO ALFONSO (extrait de Après Nous)17 NOVEMBRE 1943 : ARRESTATION DE CELESTINO ALFONSO (extrait de Après Nous)17 NOVEMBRE 1943 : ARRESTATION DE CELESTINO ALFONSO (extrait de Après Nous)

Il y a 83 ans, le mercredi 17 novembre 1943, à Ivry sur Seine, Celestino ALFONSO était arrêté par la Police française et les Brigades Spéciales.

Mon roman Après Nous débute à ce moment-là.

Alors un extrait de ce premier chapitre. Et une pensée particulière pour ce combattant de l'ombre...

APRES NOUS

(extrait)

EDITIONS ARCANE 17

Ivry-sur-Seine.

17 Novembre 1943.

1.

Si j’avais été armé, ces ordures ne m’auraient jamais pris vivant.

Je ne leur aurais pas laissé le plaisir de savourer les minutes de gloire éphémère retirées de mon arrestation.

Une balle, une cible.

Jusqu’à ce que mon chargeur ait craché tout le plomb qu’il avait dans le ventre.

J’ai la réputation d’être un des meilleurs tireurs dans Paris et ils auraient vite compris dans leur chair pour quelles raisons. Ma main n’aurait pas tremblé et j’aurais visé avec précision. Ces crevures, qui étaient venues me cueillir à Ivry-sur-Seine, auraient rejoint leurs frères collabos et leurs copains boches dans ce royaume sans nom que l’on ne réserve qu’aux détritus de l’humanité. À ceux qui ne méritent même pas de brûler en enfer.

Si j’avais pu me servir de mon fidèle calibre 7.65 mm qui m’accompagne depuis la guerre d’Espagne, ils auraient été stoppés net dans leur élan, un peu surpris par cet accueil inattendu.

Une balle, une cible.

Jusqu’à ce que l’arme brûlante me glisse des doigts.

Certains se seraient affalés sur l’asphalte froid. D’autres auraient essayé en vain de se replier ou de se protéger avant d’être fauchés par les balles qui auraient fouillé leur corps. Les plus chanceux seraient morts tout de suite. Un voile noirâtre aurait obscurci la vue des blessés. Ils auraient manqué d’air avant de tressaillir et d’agoniser en quémandant un regard de compassion dans les yeux des passants indifférents.

Quand tu crèves, tu es toujours seul. Et tu t’écorches les doigts à te raccrocher aux parois rugueuses de la vie avant de plonger dans ce néant qui, même si tu lui résistes, t’aspirera. Alors tu luttes pour ne pas lâcher prise et disparaître, tu tentes tout ton possible, tout en sachant que personne ne te viendra en aide. Oui, quand tu repars d’où tu viens, ce voyage tu l’accomplis toujours en solitaire.

Hélas, aujourd’hui, la Police vichyste ne déplorera pas la moindre perte et aucun de ses sbires ne sera tombé au champ du déshonneur.

J’enrage de n’avoir pu vendre chèrement ma peau et trouer la leur.

Les Brigades spéciales m’ont cueilli sans effort, la fleur au fusil et en fredonnant une chansonnette pour midinettes.

Car, comme d’habitude après chaque mission, par prudence et pour limiter les risques, j’avais remis mon revolver et mes faux papiers à notre agent de liaison pour qu’elle les cache en lieu sûr. Puis, pendant plus d’une heure, j’avais marché sans but dans les rues grises de Paris, trimballant avec moi cette solitude qui, jour après jour, me pesait de plus en plus et dont je ne pouvais me débarrasser, cherchant à me perdre au milieu de la foule craintive qui avançait, tête baissée. Alors, seulement après avoir acquis la certitude de ne pas être filé, j’avais enfin pris le bus pour me rendre à Ivry où j’avais l’intention de retrouver ma famille. En somme, rien que de très banal dans ma vie de clandestin au sein de cette armée de l’ombre à laquelle j’appartenais.

Depuis plusieurs semaines déjà, j’avais l’impression d’être suivi. Nous en avions parlé longuement avec Manouchian et les autres membres du groupe. Eux aussi partageaient mon avis. Missak avait demandé à la Direction de nous transférer dans la zone Sud pour se mettre au vert, le temps que tout se calme. De nombreux camarades avaient été arrêtés et plusieurs sections démantelées. Les flics se rapprochaient de nous. Mais elle avait opposé un refus : la lutte devait se poursuivre et s’intensifier. Coûte que coûte. Alors nous avions décidé de redoubler de prudence, d’autant plus que nous savions avec certitude qu’une traque impitoyable était lancée après nous.

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